Mali : ​Comment sortir de la crise ?


Rédigé le Vendredi 9 Octobre 2020 à 21:26 | Lu 77 commentaire(s)


Quel héritage les Maliens voudront-ils laisser aux générations futures ?

​Il est à craindre que cet héritage soit bien loin de celui que leurs ancêtres leur ont laissé.

Ces ancêtres, dont le sang a coulé pour eux et leurs progénitures.

Ces ancêtres qui ont jeté les bases de ce Mali d’honneur et de dignité.


 
Depuis 2012, le Mali traverse une crise multidimensionnelle profonde qui ébranle la société tout entière et menace sérieusement le vivre ensemble.
Même si l’année 2012 est considérée comme l’année du déclic de la situation actuelle, la profondeur de la crise au Mali remonte à bien d’années avant, au point de se poser des questions (tout en ayant une pensée pieuse pour les martyrs de 1991), sur la compréhension par la majorité des maliens, de la lutte pour la liberté et la démocratie en son temps.

Quel héritage laisserons-nous aux générations futures ? J’ai peur qu’il soit bien loin de ce que nous ont laissé nos ancêtres, ceux dont le sang a coulé pour que nous soyons. Ceux qui ont jeté les bases de ce Mali dans l’honneur et la dignité.

Il est vrai que depuis 1991, notre pays avait été régulièrement cité (pendant deux décennies) comme un exemple de démocratie en Afrique de l’Ouest. S’il est réel que la finalité d’une démocratie est le bien-être du peuple, l’on pourrait alors se poser la question de savoir de quelle démocratie s’agit-il ?
En effet, la crise intervenue en 2012 n’est que la somme des lacunes et des incohérences dans notre mode de gouvernance. Nous continuons jusque-là à gérer ces incohérences et ces lacunes. Ceci explique pourquoi le 18 août 2020, nous nous sommes trouvés quasiment au même point qu’il y a 8 ans, c’est-à-dire à notre posture de 2012.

Cette réflexion ne s’inscrit pas dans une démarche scientifique, il s’agit plutôt d’une introspection que chaque malien devrait mener pour ensuite réaliser comment nous en sommes arrivés là et quel chemin devrons-nous prendre pour sortir de là.

Existe-t-il un secteur dans notre pays qui ne soit pas touché par une crise existentielle ? Ne dit-on pas que les orientations politiques, économiques, scientifiques et même stratégiques d’un pays sont à l’image de ses élites et de sa société ? Alors que faire ? Autant de questions !
Nous avons un Etat à construire, une nation à bâtir et une société à modéliser.

1.  Construire un Etat 
Certes le concept d’Etat n’est pas nouveau au Mali, en tout cas, si l’on se réfère à l’Empire du Mali, qui déjà avait tous les attributs d’un Etat, mais a été freiné par le cours de l’histoire, dans sa progression. Dès lors, construire un État demande bien de choses parmi lesquelles, la conception de programmes sectoriels viables :
  • Secteur agricole : compte tenu de sa position géographique, le Mali, pays sans littoral maritime, ne peut compter que sur une agriculture dynamique et performante. Il dispose d’atouts en termes de superficie mais aussi de son réseau fluvial (Niger et Sénégal). La première chose à faire est de miser sur une politique agricole qui permette l’autosuffisance alimentaire. Il est inconcevable que le Mali continue d’importer certains produits alimentaires de grande consommation dont la culture est possible chez nous.
 
Nous devons mener une réflexion profonde sur la culture du coton. Cette culture profite-t-elle réellement aux maliens si nous n’avons pas la capacité de transformer ne serait-ce que 10% de notre production sur place ?
 
  • Secteur de l’éducation : il est l’âme d’un pays. Nous devons bâtir un système éducatif qui reflète les valeurs intrinsèques de notre société. Ce système doit être un ensemble homogène. C’est-à-dire l’instruction à l’école doit être complétée par l’éducation dans la famille et dans la société. Ce concept n’est pas une négation du développement et de la modernité, encore moins un repli identitaire, mais tout simplement la construction d’une meilleure citoyenneté, car aucun État ne peut prétendre au développement avec un système éducatif qui ne repose pas sur ses propres valeurs. Cela demande l’implication de tous les maliens car ça ne saurait être l’affaire des seuls enseignants ou responsables de l’éducation. Il s’agit de gagner une guerre, celle contre l’ignorance. Cet esprit guerrier se résume bien par cette pensée de Georges CLEMENCEAU qui disait que : « la guerre est trop importante pour être confiée aux seuls militaires ».
 
  • La diplomatie : dans une de ces nombreuses définitions, notamment réaliste, la diplomatie est un instrument de politique étrangère, donc l’art de faire avancer les intérêts nationaux par l’échange continu d’information entre les peuples et les nations. La diplomatie malienne a certes fait ses preuves à un moment donné de l’histoire de notre pays, ne serait-ce que pour le combat mener pour l’indépendance.
 
Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence que l’enjeu est complexe, les défis auxquels le pays est confronté sont globaux et les intérêts sont liés. Pour s’en sortir, notre pays doit avoir une vision claire, c’est à dire avoir une politique intérieure structurée défendable à l’étranger. Cette vision doit également reposer sur des choix stratégiques bien élaborés en termes de partenariats.
 
Un des atouts du Mali dans ce domaine est sa diaspora dynamique et diversifiée. Cette diaspora est porteuse de la culture malienne à travers le monde. Elle alimente donc l’échange continu d’information entre les peuples et les nations.
 
Toutefois, il faut reconnaître que cette diaspora a besoin d’être mieux structurée pour qu’elle ait plus d’influence non seulement auprès des grands pays et des organisations internationales mais aussi auprès des décideurs politiques maliens.
 
2. Bâtir une nation 
Son histoire et sa géographie sont des éléments qui auraient facilité la construction d’une nation. Mais aujourd’hui, qu’en est-il ? Sommes-nous une nation ?
La nation est définie comme une communauté humaine ayant conscience d’être unie par une identité historique, culturelle, linguistique ou religieuse. De par cette définition, le concept se présente comme étant valable que pour les États européens, seuls considérés aujourd’hui comme des nations.
Cette conception erronée semble convaincre, faute pour nous autres de pouvoir prouver que nous en sommes une et une grande nation. La division, le communautarisme et malheureusement le repli identitaire semblent gagner du terrain au détriment de l’ensemble national. Pourtant l’histoire de notre pays démontre à plusieurs égards, le lien par ascendance entre ethnies, communautés…
La construction d’une nation, de la nation malienne est un impératif pour que nous sortions de cette crise.

3. Modéliser une société 
Jusque-là je n’ai pas mis l’accent sur la corruption, la mauvaise gouvernance et autres. Je reste convaincu que si nous nous engageons véritablement à construire un État, à bâtir une nation, il n’y a pas de raison que notre société ne soit pas un modèle. La vertu, l’intégrité, la loyauté, le respect de la chose publique sont des valeurs qui s’imposeront à nous et conséquemment aux générations futures.
L’universalité des principes et des valeurs démocratiques ne signifie pas qu’ils s’appliquent à l’identique dans toutes les sociétés, mais qu’ils soient appliqués intelligemment dans chaque société en vue d’assurer aux populations, un mieux-être.
 

L'Expatrié